Témoignage d'Emile Wolschlegel , 95 ans.

 

Né en 1910 , l'abbé Wolschlegel avait 30 ans lorsque la guerre a débutée (en 1940.) A sa naissance , il était de nationalité française , lors du début de la 1ère guerre mondiale , il devint allemand , durant 4 ans , puis redevint français en 1918 ,à la fin de la guerre. De 1940 à 1945 , il fut à nouveau Allemand , puis Français en 1945, à la fin de cette seconde guerre. Il changea en tout 4 fois de nationalité, mais n'avait pas vraiment de problème pour parler allemand , (tout cela , grâce à l'Alsacien).

Il se trouvait à Bâle en 1940, lorsque son commandant , lui a donné l'ordre d'aller à Mulhouse voir où en étaient les Allemands dans leur invasion. Pour s'y rendre, il fabriqua une bicyclette , avec des morceaux (roues,métal...) qu'il trouva de par et d'autres sur le côté de la route. Une fois cet ordre exécuté , il voulut rentrer chez lui , à Guewenheim. Il arriva vers 11h à Burnhaupt le haut. Prêt à rentrer chez lui , mission impossible , il dut se cacher dans l'herbe haute (nous sommes alors au mois de juin) car il aperçut 2 soldats à 50 mètres de lui environ (il le sut grâce aux jumelles qu'il avait sur lui), et ne sachant pas de quel nationalité ils étaient , il préfera se cacher. Couché dans l'herbe , il apercut également un avion qui tournait autour de lui (il le surnoma un "mouchard") donc fit encore plus attention de peur de se faire tuer par la voie des airs. Il rampa jusqu'a un pommier et se cacha derrière. Il surveilla donc les 2 soldats ; malheureusement , ces soldats l'aperçurent et lui tirèrent dessus. " J'ai failli me faire tuer" raconte-t--il. N'arrivant pas à les fuir , ils finirent par l'arrêter et là , Mr Wolschlegel s'aperçut que c'était 2 soldats de son camp.
Ces 2 soldats le previnrent qu'il y avait des militaires allemands non loin de là. Après cette nouvelle , il alla dans une auberge pour prévenir les clients que les Allemands arrivaient. A ce moment là , tout le monde quitta cette auberge, et alla à l'extérieur.Il ne restait que l'aubergiste et lui même à l'interieur. Il envoya l'aubergiste se réfugier à la cave pour être sûr qu'il ne lui arrive rien, pour y être en sécurité. Mr Wolschlegel sorti de l'auberge et vit la clientèle dehors qui s'agitait en demandant "qu'allons nous faire?"(en alsacien). Il leur dit de se sauver direction Mulhouse. Tout le monde s'executa. Lui , pris direction pont d'Aspach. Il traversa la voie ferrée et aperçut à nouveaux deux soldats , dont la nationalité était alors inconnue ,mais il se rendit à nouveau compte que c'étaient des Français.

"Dans la guerre , on joue avec la vie"

Il arriva chez lui , la maison était vide. Il ne trouva ni son père , ni son frère , ni même le chien qui avait l'habitude d'aboyer. Epuisé , vidé de toutes ses forces , il s'endormit vers 23h. D'un seul coup , il entendit des explosions qui touchaient son lieu d'habitation , puis le toit s'effondra sur lui , il était enseveli sous les décombres. A ce moment là , il se sentait mal et s'évanouit. Tout à coup , il se réveilla et entendit son père et son frère rentrer qui essayèrent de soulever les décombres pour le sortir de là. Puis il a été transporté chez Willeman François (notre personnage étant son grand oncle) où ils lui ont enlevé ses vêtements millitaires et les ont emmené au grenier. Comme il n'avait plus de force , ils ont dû lui ouvrir la bouche avec une cuillère pour lui faire boire du café. (A la messe du soir , le curé annonça aux villageois que Mr Wolschlegel était en train de mourrir à petit feu. Les gens priaient pour lui). Des militaires allemands allaient de maisons en maisons chercher de l'avoine et tout ce qu'il pouvait donner à manger à leurs "bêtes". Dans cette maison , où notre héros avait trouvé refuge , les militaires allemands virent quelque chose d'anormal , et demandèrent à sa soeur s'il y avait quelqu'un. Sa soeur leur répondit de façon brêve et déterminée que oui , mais qu'elle ne leur livrerait pas!

"J'ai entendu Heil Hitler !"

Au bout d'une semaine , il rentra chez lui , et découvrit un poteau en fer planté au milieu de sa chambre. Un de ses amis est arrivé. Il lui a donné une bicyclette et des habits (civils).Un des Allemands a repéré cette personne, la trouvant curieuse , ils vinrent fouiller la maison du futur abbé mais en vain .

Les Allemands voulaient faire exploser le pont de la Doller en déposant des mines , puis l'ont contourné en passant par Bourbach. C'est là que quelques Guewenheimois ont été tués par ces mines , ou se sont faits arracher une jambe en marchant dessus.

Ils se mirent à chanter pour faire croire aux Allemands que c'était une chansonnette.

Emile Wolschlegel retourné à l'état de civil devint vicaire à Buhl. Il exerçait une activité pastorale , avec une trentaine de jeunes. Un jour, il partit avec eux faire de la luge , tout en restant sur leurs gardes. Les jeunes qui venaient à cette activité pastorale , étaient la plupart sans parents du fait des Allemands. Comprenons donc la fureur de ces jeunes contre les Allemands. Lorsque , sur une terasse d'un restaurant , les jeunes virent des Allemands , ils se mirent à crier "pfouïe". C'est alors que Mr Wolschlegel et les autres moniteurs , se mirent à chanter pour faire croire aux Allemands que c'était une chansonnette.

Un jour , il reçoit une convocation pour se présenter à la Gestapo de Mulhouse. L'abbé eut peur car la plupart des gens qui se rendaient à la Gestapo ne revenaient pas et étaient expédiés au Struthof ,pour être exécutés. Il se rendit à son "rendez-vous" et se fit questionner durant 2 heures. Mr Wolschlegel était étonné car les "gendarmes" étaient au courant de tout (le nom de ses professeurs , lieu de ses études...). Ils lui ont même demandé pourquoi il avait une soeur à Paris , il leur répondit qu'elle vivait en honête citoyenne française et qu'elle était aller vivre là où son époux vivait. Plus tard , il apprit qu'il avait été convoqué car quelqu'un l'avait dénoncé.

A 23h , les Allemands vinrent lui demander s'il avait une bicyclette , il répondit que oui mais ne comprenait pas pourquoi on lui posait cette question , c'est alors que ces Allemands le traitèrent de traitre , d'espion , et lui demandèrent de les suivre avec sa bicyclette. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Ces soldats l'emmenèrent à la Gestapo pour la deuxième fois de la journée . C'est alors que les Allemands le menacèrent en lui disant : "Reste à savoir si vous serez fusillé ou pendu ce soir!". Mr Wolschlegel ne comprenait pas , et demandait des explications. La Gestapo lui expliqua alors qu'il avait fait capoter une mission de la gestapo en avertissant les personnes qui auraient dû être arrêtées. C'est alors que l'abbé comprit que les Allemands ne connaissaient pas "l'angélus" , qui est une sonnerie automatique , qui sonne le matin , et le soir à l'église. Puis , les gendarmes l'emmenèrent dans le bureau du général Wolf lequel lui dit qu'il ferait une enquête pour savoir si cette sonnerie était alors ou non automatique. Il le libéra puis il rentra chez lui !

"J'ai failli être fusillé"

Un homme du pont et chaussé de Thann , lui raconta que des Allemands l'apellèrent pendant la nuit , car ils avaient besoin de fossoyeurs pour enterrer un homme , qui avait été retrouvé mort dans une cave. Son nom était Grizet Charles. Ils l'enterrèrent alors dans le couloir du cimetière de Guewenheim , mais avant d'être sous terre , l'abbé le vit , et vit également qu'il s'était fait tirer dessus : une balle derrière l'oreille. L'homme des ponts et chaussé dit a l'abbé : "Ne dites rien , sinon , vous finirez pareil".

Lorsque Guewenheim fut liberée , l'Abbé se trouvait à Thann , quant à l'armée française , elle se trouvait a Aspach. Presque un tiers de l'armée française fut tuée par les Allemands.
Il nous raconta alors qu'il se souvint de ses fêtes de Noël , passées dans les caves. Mr Wolschlegel appelait alors un homme des ponts et chaussés pour lui demander si une trève était possible.Cet homme essaya de contacter une personne hautement gradée de l'armée française , qui accepta une trève, si les Allemands acceptaient. Il essaya alors de contacter les Allemands qui lui répondirent : " Ich weiss nicht". Puis quelques jours après , ils firent dire qu'ils continueront ! Il se souvint aussi des obus tomber de 21h a 23h le soir du 24 décembre. Les Français voulaient prouver , que ce n'était pas par faiblesse qu'ils demandaient une trève , mais par envie de passer les fêtes normalement. Des personnes franchirent la frontière et apprirent aux soldats français qu'une offensive se préparait. Le lendemain matin , il n'y avait plus personne dans les rues. Les soldats allemand avaient déserté et les Français revenaient petit à petit. L'Abbé Wolschlegel alla à bicyclette à Vieux Thann , où il croisa des chars français.

Quelques jours après la Libération il retourna à l'église , et le tronc de celle-ci était rempli de billets allemands (deutschmark) qui ont servi à acheter des denrées alimentaires pour ceux qui n'avaient plus rien.

Retour au sommaire.

Souvenirs de guerre.

Témoignages d'Emile Wolschlegel , 95 ans.

Il changea en tout 4 fois de nationalité.