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Souvenirs de guerre.

Juliette était âgée de 17 ans,


    Notre récit, met en scène Mme MAX Juliette, aujourd'hui âgée de 78 ans, et qui n'est autre que la grand mère de Priscilla.
Elle témoigne de sa jeunesse, dans la vallée de MASEVAUX pendant l'annexion de l'Alsace.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, Juliette était âgée de 17 ans, au moment des événements marquants, dont elle se souvient et dont elle nous fait part.

LE MODE DE VIE DES FRANCAIS-ALLEMANDS ET L'AMBIANCE DANS LES VILLAGES ALSACIENS

Tout d'abord, il faut savoir qu'a cette époque, la vie dans les petits villages n'était pas très dure au commencement de la guerre. Mais pourtant, la paisible vie que menait les paysans de NIDERBRUCK ne comportait pas toujours de bons côtés.
En effet, les villageois subissaient certains désagréments, comme:
    -les soldats  allemands qui se répartissaient à chaque coin de rues, dérangeant et obligeant la population à se soumettre à leurs lois.
    -il y avait également le pénible brouhaha des bombardiers, qui passaient constamment au dessus de leur tête.


LES LOIS, RESTRICTIONS ET OBLIGATIONS DES ALLEMANDS VIS A VIS DES ALSACIENS:

Une fois les villages annexés, les Allemands ont rapidement imposés des règles à l'image de la discipline et de l'occupation allemande:
    -en raison de la mobilisation permanente des Allemands, sur les villages alsaciens, la population fut contrainte, du jour au lendemain de s'exprimer en Allemand.
Anisi Melle Juliette MAX, se souvient que la langue allemande était enseignée dans les écoles de la vallée, où des professeurs d'origine allemande étaient spécialement recrutés pour inculquer la langue allemande aux jeunes alsaciens.
C'est ainsi que la langue parlée, en ses premiers temps de guerre, était l'Allemand.
    - suite à cela, la langue française était défendue d'être parlée et formellement interdite d'être entendue, c'est pour cela qu'il n'était autorisé à la population que d'écouter la radio allemande. Les moyens de communication n'étaient autres que les journaux, eux aussi publiés en Allemand.

    A part la langue, il y avait d'autres obligations plus importantes, comme celles de se nourrir. A cette époque les grands magasins ne fonctionnaient plus, seuls les épiciers et les tabacs avaient survécu. Mme Max se souvient qu'elle et sa maman allaient acheter un ticket qui leur permettaient l'achat d'aliments.
Sur ces fameux tickets, il était inscrit la quantité autorisée pour chaque membre de la famille. En effet cette quantité était minime pour toute la famille et suffisait à peine, environ 100 grammes de viande par personne et par semaine.
Heureusement la famille de Juliette, possédait une vache, un atout qui facilitait bien les choses, car à l'aide du lait de celle-ci, les MAX pouvaient se fabriquer du beurre. Après tout, même si tout au début, la vie n'était pas si dure, quelques aides étaient les bienvenues.

    Dans un domaine beaucoup moins joyeux et beaucoup plus noir, si noir qu'aujourd'hui encore , certains souvenirs restent tabous, il existait les Malgré-nous:
    - les Malgré-nous étaient des jeunes hommes français enrôlés de force dans l'armée allemande. Ces jeunes soldats , à contre coeur allemands, étaient amenés à exécuter des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, qui les dépassaient totalement. Les survivants se rapellent que ces crimes étaient commis contre leur population: des familles entières, des femmes, des enfants, étaient tués. Parfois mêmes ces crimes étaient organisés dans des lieux saints comme l'église, où les villageois venaient a prier pour leur vie et celle des membres de leur famille.
Malheureusement, les hommes en question, qui étaient de vrais Malgré-nous, ont toujours détesté faire parti de ces faits . Mais il faut aussi savoir que certains Malgré-nous étaient tout à fait pour les méthodes racistes et antisémites des Allemands, ils y avaient pris goût et étaient fiers d'être des exécutant au service des Allemands. C'est également pour cette raison que ce sujet a toujours été tabou.

LES OBLIGATIONS ET LES ECHAPATOIRES DE LA SITUATION DES FRANCAIS:


Maintenant passons à l'opinion des gens sur les restrictions et les lois imposées par les Allemands, ce dont ils étaient victimes:
    - Certaines personnes supportaient mal les réprimendes et se révoltaient. Mais malheureusement pour eux, leur insolence coutaît cher et ces personnes aussi peu nombreuses soient elles, se faisaient fusiller immédiatement, tout comme plusieurs autres civils qui avaient l'audace de défier du regard leur "supérieurs".

    Sinon pour les plus intelligents et les moins suicidaires, il existait d'autres moyens de se sauver de cette situation pour le moins inconfortable. A la frontière, circulaient tous les jours des passeurs venant des 4 coins de la région. Ils faisaient passer durant la nuit les fuyards vers le Sud de la France.
    D'autres plus chanceux, n'eurent pas besoin de procéder à un plan ou à une quelconque "mission suicide". Puisqu'en vérité lorsque les premiers Allemands vinrent s'approprier les terres de la vallée, ils durent chasser de celle-ci le quart de la population afin que les Francais ne soient pas trop nombreux pour empêcher les Allemands d'envahir l'Alsace.
Ainsi certaines personnes purent sans danger, quitter la zone annexée par leurs ennemis.

MOYENS DE COMMUNICATIONS: REVELATEURS D'EVENEMENTS IMPORTANTS IGNORES PAR LES VILLAGEOIS

    Les villageois (surtout ceux de la vallée de Masevaux) étaient très peut informés de ce qui se passait "ailleurs" et ne savaient absolument pas comment la France évoluait entre les griffes des Allemands: "Après les drames que nous cotoyions, certains pensaient que l'on ne pouvait rien changer, nous nous sommes résignés à continuer notre vie sans poser de questions, en écoutant ce que l'on nous disait de faire et en exécutant les recommendations. Rien de plus ne nous importait", nous raconte Mme MAX.
Néanmoins quelques nouvelles étaient tout de même apprises par la presse et les journaux, mais uniquement celles qui se produisaient dans la région, bien entendu la presse et la radio étaient allemandes.
La grand-mère de Priscilla se rapelle également qu'elle ne savait absolument rien du débarquement en Normandie, ni de la libération de la France et de la fin de la guerre. Quand ils apprirent ces nouvelles ce fut une phénoménale surprise générale pour tous les villageois.

SOUVENIR DE COHABITATION: REFUGE, FUITE ET PARTIE DE CACHE-CACHE AU PROGRAMME.

    Lorsque les hostilités reprirent à la veille de la Libération, les petits villages furent tout de même touchés par les bombardements.
Lors d'une période particulièrement noire, sous les coups de feu et les attaques, la population dut fuir les villages pour se réfugier dans la forêt des montagnes voisines (forêt de WEGSCHEID,LACHTWEIHER). Mme MAX se souvient qu'avec sa famille et ses proches, elle s'était également cachée la-bas.
Mais malheuresement le période de fuite dura un peu plus de 2 semaines, temps trop long pour les plus faibles qui mourraient de faim en raison du manque de nourriture et des maladies qui se propageaient.
"Lorsque je suis rentré au village en compagnie de ma famille, ma maison n'existait plus, enfin... seulement sous la forme d'un énorme tas de ruines. C'était d'ailleurs dans l'état dans lequel étaient toutes les maisons du village, et le village lui-même n'était apparemment plus très vivant, ni les autres de la vallée", d'après Juliette.

    A présent pour clore ce témoignage, nous vous faisons part du souvenir le plus marquant et le plus traumatisant dont Mme MAX se souvienne, durant la guerre. Elle était alors âgée de 18ans. Puis nous évoqueront le souvenir de la Libération, la prise de conscience de celle-ci par les Alsaciens, chose espérée mais innatendue de sitôt.

LA PEUR AU VENTRE:

    A L'âge de 18 ans, Juliette dut aller se faire opérer de l'appendicite.
Pendant une courte période qui semblait durer une éternité, Juliette fut hospitalisée à l'hôpital du HASENRAIN mais un matin peu de temps après l'intervention chirurgicale, plusieurs bombardiers traversèrent la zone de l'hôpital. Elle fut réveillée en sursaut par le bruit assourdissant que produisait les avions et par la foule en panique de l'hôpital.
En effet on aurait pu la qualifier d'après Juliette, d'une énorme émeute . Soudain Juliette compris la cause de cette effroyable agitation, car elle venait d'entendre les bombardiers lâcher une enorme bombe non loin de l'hôpital.
    Puis, une fois que celle-ci s'était réellement rendue compte de la situation, elle n'eut pas le temps de dire "ouf", qu'une deuxième bombe fut larguée en plein sur le HASENRAIN, à quelque secondes d'intervalle de la première!: "Quand la bombe nous tomba dessus, toutes les vîtres furent brisées en milles éclats, j'étais assise dans mon lit, incapable de me lever seule pour aller me réfugier dans les caves. J'ai pu de justesse me munir de mon oreiller pour épargner ma tête et mon visage des débris tranchants, qui traversaient la pièce à la vitesse de la lumière. Je hurlais, je criais, mais dans le vide... car évidemment personne ne m'entendait et ils étaient tous bien trop occupés à étouffer mes cris par les leurs! Je crois même que cette anecdote a été la plus prenante de toute ma vie, ainsi que ma plus grande peur!".

    Heureusement, Juliette n'a pas été bléssée dans l'explosion, ce que l'on ne pouvait pas dire de ses camarades quelques chambres plus loin!
Dans l'hôpital, il s'était installée une fumée âcre qui empêchait les patients de respirer correctement, et qui avait engendré par la suite, des problèmes respiratoires chez les patients.
C'est pour cela que les patients réscapés furent incapables de rejoindre les caves du Hasenrain et certains en sont morts.
La période de cache dura deux, trois jours, pendant lesquels Juliette reprit toutes ses forces et sa vitalité après l'opération et l'explosion, malgré des conditions peu hygièniques et convenables.

LA LIBERATION:

    Comme nous l'avons déjà expliqué, les Alsaciens de la vallée de Masevaux n'étaient que très peu informés des événements qui se produisaient dans l'autre moitié de la France, et ce fut soudainement qu'ils ont appris que leur destin allait enfin prendre une tournure différente.
    En 1945, les villages étaient en pleine reconstruction, les villageois contents de leurs travail, continuaient de tout leur coeur et toute leur energie, dans l'espoir d'un avenir meilleur. Ils savaient que le plus dur était passé, ils avaient également conscience qu'un jour ou l'autre leur vie allait s'améliorer, mais ils ne savaient pas exactement quand ...dans un futur proche? ou lointain ?
    C'est alors qu'un jour :"quelques résistants sont venus dans notre village et nous hurlaient, surexcités, que nous pouvions partir, que désormais nous étions bel et bien libre. Tout le village était en émoi, car la guerre était enfin terminée, et c'était vraiment à partir de ce moment là, que nous avions su, sans vraiment comprendre ce qu'il se passait. La nouvelle avait provoqué un grand soulagement ! se rapelle Juliette, le sourire aux lèvres.
 

Témoignage recueilli par Priscilla, Camille et Virginie.